guide canadien : conséquences sur les enfants

INTRODUCTION

À qui ce guide est-il destiné?
Ce guide est destiné à tous les intervenants en santé et en services sociaux, ainsi qu'à tous les éducateurs au Canada. Il vise les intervenants de première ligne ainsi que les superviseurs et les dirigeants des agences de services sociaux, des organismes de soins de santé et des établissements d'enseignement. Nous incitons les responsables de la formation et du perfectionnement professionnels à utiliser ce document comme outil de travail.
Les enfants qui sont exposés à la violence envers les femmes sont profondément marqués par cette expérience qui a d'importants effets préjudiciables sur leur santé, leur sécurité, leur comportement, leur développement affectif et social, et leurs résultats scolaires. C'est un problème important pour les médecins de famille, les professionnels de la santé mentale des enfants, les psychologues, les travailleurs sociaux, les préposés à la protection de la jeunesse, les éducateurs, les administrateurs scolaires, le personnel des garderies, les infirmières et infirmiers de la santé publique et des écoles, les sage-femmes, les pédiatres, les obstétriciens, les travailleurs des services communautaires, les défenseurs des femmes, les enseignants des écoles professionnelles et des collèges communautaires, les spécialistes de la thérapie familiale et conjugale, les évaluateurs spécialisés dans la garde d'enfants et les visites aux enfants, et les nombreux autres intervenants du réseau de fournisseurs de nos collectivités.
Qu'est-ce que l'exposition des enfants à la violence conjugale et familiale?
Les termes « enfants exposés à la violence » et « enfants témoins d'actes de violence » sont interchangeables dans ce guide. De nombreux auteurs (p. ex., Holden et coll., 1998) et nous-mêmes préférons maintenant utiliser le mot « exposition » parce qu'il offre une acception plus complète qui englobe le fait de voir, d'entendre et d'observer les effets de la violence, et le fait de vivre dans la peur. Le mot « témoin » sous-entend « témoin oculaire » et il est parfois confondu avec celui de témoin devant un tribunal ou avec la préparation des enfants en vue de témoigner devant un tribunal.
Les enfants exposés à la violence envers les femmes voient, entendent, et sont témoins d'actes de violence commis à l'égard de leur mère par leur père ou par le conjoint de celle-ci. Ils peuvent être des témoins oculaires ou se trouver dans une autre pièce, à l'étage ou au lit où ils essaient de s'endormir. Ils peuvent également constater les résultats de la violence. Ils voient et entendent des scènes qui vont de la violence verbale à l'agression sexuelle ou physique, dont des gifles et des bourrades, des volées de coups et de l'agression armée. Ils entendent presque toujours la violence verbale et les insultes qui accompagnent la violence physique, et qui peuvent également se produire à d'autres moments. L'atmosphère familiale est souvent caractérisée par un manque total de respect de l'agresseur à l'égard de leur mère qui, à de nombreux égards, se trouve réduite à l'impuissance. Le milieu familial dans lequel ces enfants doivent vivre est donc un « environnement toxique » qui, dans bien des cas, compromet gravement leur bien-être et leur développement. Même lorsqu'il n'y a pas de violence physique, il règne souvent une atmosphère de crainte, d'anxiété, de colère et de tension au foyer.
Le pouvoir et le contrôle sont les moteurs de la violence. L'agresseur a recours à la violence pour maintenir son pouvoir et contrôler la victime. Parmi les tactiques fondées sur la violence,
notons :
La violence verbale : insultes, remarques humiliantes et propos dégradants.
 
La violence morale : menaces (p. ex., menaces d'enlèvement des enfants, menaces de mort ou de sévices envers la mère ou les enfants, ou menaces de suicide ou de meurtre suivi de suicide).
 
La violence psychologique : actions qui minent la confiance en soi ou les décisions de la mère concernant son enfant, accusations d'infidélité envers la mère et attitude excessivement soupçonneuse à l'égard de ses actes.
 
Le contrôle des ressources financières de la famille afin d'enlever toute autorité à la mère.
 
L'isolement de la victime pour l'empêcher d'avoir des contacts avec sa famille élargie, ses amis et les membres de la collectivité (p. ex., décider d'aller s'installer dans une collectivité où la femme ne connaît personne; refuser de permettre à celle-ci à sortir avec des amis; décourager ou interdire tout contact avec les parents de la femme; empêcher celle-ci de suivre des cours de langue ou une formation professionnelle).
 
La violence physique : frapper, gifler, pousser, battre, attaquer avec une arme.
 
La violence sexuelle : violer, forcer la femme à participer à des actes sexuels que celle-ci considère offensants ou dégradants.
Le père ou le partenaire masculin exerce souvent un pouvoir autoritaire et la mère n'est pas autorisée à prendre de décisions dans la famille. La victime peut souffrir d'une faible estime de soi, de dépression et d'anxiété; des sentiments de désespoir l'animent et elle arrive même à se considérer comme responsable de la situation, ce qui compromet ses capacités d'adaptation et ses compétences parentales.
Le secret est souvent imposé, si bien que la violence n'est pas connue en dehors de la famille. On apprend aux enfants à ne pas en parler et on les menace même parfois de punitions s'ils disent quelque chose. Certaines familles déménagent chaque fois qu'il est probable que la violence soit découverte, alors que d'autres vivent dans le même quartier pendant des années, sans qu'aucun membre de la collectivité n'intervienne pour aider les victimes.
Dans les foyers où la femme est victime de violence, les enfants courent eux-mêmes un risque accru de violence physique et sexuelle de la part de l'agresseur de leur mère.
Le présent guide met l'accent sur les cas de violence familiale où c'est l'homme qui est l'agresseur et la mère la victime, car c'est le scénario de contrôle et d'abus de pouvoir le plus fréquent. Nous reconnaissons cependant qu'il arrive aussi que ce soit l'homme qui soit victime de violence (et que les effets sur les enfants qui en sont témoins sont les mêmes). Toutefois, les données disponibles indiquent que ces cas sont minoritaires, particulièrement en ce qui concerne les répercussions qualitatives sur les victimes.
Combien d'enfants sont exposés à la violence envers les femmes?
Vingt-neuf pour cent des Canadiennes sont victimes de violence physique de la part de leur époux ou de leur conjoint de fait (Rodgers, 1994).
 
Trente-neuf pour cent des Canadiennes victimes de violence conjugale ont déclaré que leurs enfants en ont été témoins (Rodgers, 1994). Selon cette étude, les enfants étaient plus susceptibles d'être témoins d'actes d'extrême violence que de formes de violence moins graves.
 
Selon d'autres études, 60 à 80 p. 100 des enfants vivant dans une famille où la femme est maltraitée en sont témoins : ils le voient ou l'entendent (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990).
Autrement dit, de 11 à 23 p. 100 des enfants canadiens sont témoins chez eux de divers actes de violence envers leur mère. Une estimation prudente permet de dire que, dans chaque salle de classe, deux à six enfants ont été témoins chez eux d'une forme quelconque de violence envers leur mère au cours de l'année écoulée.
Aperçu des effets sur les enfants de l'exposition à la violence envers les femmes
Les problèmes affectifs et comportementaux sont 10 à 17 fois plus fréquents chez les enfants que chez ceux appartenant à un foyer non violent (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990).
 
Les enfants exposés à la violence envers les femmes manifestent souvent des symptômes de stress post-traumatique : peur, anxiété, irritabilité, difficulté à se concentrer, souvenirs importuns des actes de violence, explosions de colère et hyperactivité (Lehmann, 1997; Graham-Berman et Levendosky, 1998).
 
Les actes d'agression contre les pairs, les enseignants et les mères sont plus fréquents chez les enfants qui sont témoins d'actes de violence envers les femmes, en particulier lorsqu'il s'agit de garçons, mais ce comportement existe également chez les filles (Jaffe, Wolfe, Wilson et Slusczarzck, 1986; Kerig et coll., 1998).
 
Ces enfants souffrent souvent de problèmes affectifs : dépression, anxiété, refus d'aller à l'école, retrait des interactions sociales et difficulté à se séparer de leur mère (Sternberg et coll., 1993; Sudermann et Jaffe, 1997).
Les résultats scolaires et le développement social sont souvent compromis, comme l'est aussi le développement des comportements adaptifs (Moore et Pepler, 1989).
 
Les symptômes sont fonction de divers facteurs : arrêt ou persistance de la violence; sentiment d'insécurité éprouvé par les enfants et la mère; durée et intensité des actes de violence observés; style d'adaptation de l'enfant; autres points forts ou faiblesses.
Pourquoi ce sujet ne fait-il pas partie de la formation des éducateurs et des intervenants en santé et en services sociaux?
Il y a eu une « occultation de la réalité » (Kincaid, 1982) ou un déni collectif du problème. La recherche dans ce domaine progresse rapidement, mais ses conclusions n'ont pas encore été suffisamment diffusées auprès des intervenants.
À la connaissance des auteurs, aucune association professionnelle n'exige la formation dans ce domaine comme condition nécessaire de l'accréditation ou de la qualification.
Que peuvent faire les éducateurs et les intervenants en santé et en services sociaux pour aider les enfants exposés à la violence envers les femmes?
De nombreux intervenants en santé et en services sociaux n'ont suivi aucun cours formel sur le problème de la violence, ils la considèrent donc comme une question accessoire. L'attitude générale est qu'il s'agit d'un problème qui doit être réglé par « quelqu'un d'autre »  ou qui est tout simplement ignoré. Pourtant, les enfants exposés à la violence envers les femmes ont besoin de l'aide de ceux qui travaillent dans le domaine de la santé, de la santé mentale, des services sociaux et de l'enseignement.
Que puis-je faire en tant qu'éducateur ou qu'intervenant en santé ou en services sociaux pour contribuer à résoudre ce problème?
Voici quelques mesures que vous pouvez prendre pour faire face au problème :
Renseignez-vous sur la question et faites part de vos découvertes à vos collègues.
 
Communiquez avec d'autres organisations communautaires qui s'occupent de la violence envers les femmes et participez à la mise en place d'un mécanisme coordonné d'intervention communautaire.
 
Étudiez des moyens d'intégrer la question à la pratique et aux politiques de votre organisme.
 
Soulevez le problème lors des réunions d'organismes et de professionnels, et prévoyez son inclusion au programme des séances et des conférences de perfectionnement professionnel.
 
Commencez à offrir des services en créant, par exemple, des groupes pour enfants.
 
Militez en faveur de l'adoption de mécanismes communautaires et juridiques efficaces pour lutter contre la violence envers les femmes.
 
Participez à des efforts de prévention.
Une intervention efficace en faveur des enfants ne peut pas être dissociée du recours à des mécanismes efficaces de lutte contre la violence envers les femmes
Les enfants exposés à la violence envers les femmes ont besoin que cette violence prenne fin.
 
La sécurité des femmes est indissociable de la sécurité des enfants.
 
Les mécanismes efficaces d'intervention communautaire en faveur des enfants exposés à la violence envers les femmes peuvent prendre plusieurs formes :
 
Interventions de la police et de l'appareil judiciaire pour protéger les femmes maltraitées : formation des policiers, des juges et des agents de libération conditionnelle; politiques de mise en accusation obligatoire; ordonnances de non-communication; services d'accueil pour victimes et témoins; aide juridique pour les procédures de garde d'enfants; détermination de peines appropriées pour les contrevenants.
 
La création de ressources pour les mères et les enfants qui font face à ce problème et qui quittent leur agresseur est absolument indispensable : refuges d'urgence; aide au logement et aide financière; aide à la garde d'enfants; services de représentation et de conseils juridiques; counselling d'appoint; interprétation culturelle; aide pour régler les questions d'immigration parrainée, le cas échéant.
 
Les arrangements concernant la garde d'enfants et le droit de visite doivent tenir compte de la sécurité de la mère et des enfants dans les situations de violence.
 
Il faut offrir des services adaptés aux différences culturelles dans chacun des domaines d'intervention auprès des femmes et des enfants maltraités, car la violence envers les femmes existe dans tous les groupes culturels. Des services tels que l'interprétation culturelle, l'accessibilité de l'information en diverses langues et la disponibilité d'intervenants appropriés sur le plan culturel sont particulièrement importants pour les femmes et les enfants confrontés à des situations de crise.
Enfants témoins de violence envers les femmes : Pourquoi intervenir?
Il fut un temps où, pour le public et pour les divers intervenants communautaires, la violence envers les enfants se résumait à des affaires de contusions, de fractures et d'exploitation sexuelle. Nous avons cependant constaté que depuis quelque temps, on prend de plus en plus conscience du fait que les enfants sont également marqués par les scènes dont ils sont témoins chez eux. La plus terrible de ces expériences est celle où ils assistent à des actes de violence, c'est-à-dire, typiquement, lorsqu'ils sont exposés à la violence de leur père à l'égard de leur mère. De telles expériences ne les marquent pas physiquement mais créent fréquemment de graves traumatismes chez les enfants et les adolescents, et entraînent de sérieuses difficultés sur les plans affectif, cognitif et comportemental. L'effet de l'exposition à la violence marque parfois ces témoins jusque dans leur vie adulte et engendre un certain nombre de problèmes à long terme qui font, par exemple, qu'ils ont ensuite des relations de violence avec autrui.
Ce guide a pour objet d'aider les collectivités et les intervenants de première ligne à réagir plus efficacement au problème des enfants témoins d'actes de violence. Grâce à des stratégies d'intervention précoces et plus nuancées, les collectivités pourraient réduire l'effet immédiat et à long terme de ces expériences traumatiques. Le sort de ces enfants mérite une attention spéciale, ne serait-ce qu'à cause de leur peine et de leurs souffrances. En outre, la collectivité a ainsi l'occasion de s'occuper d'un groupe très exposé qui risque de constituer la prochaine génération d'époux violents et de partenaires. D'autre part, les enfants qui sont témoins d'actes de violence chez eux ont beaucoup plus tendance à commettre eux-mêmes des actes d'agression dans la collectivité et à continuer à le faire lorsqu'ils deviennent adultes. À une époque où tout s'évalue en termes d'argent et de dettes croissantes, il est bien évident qu'il faut résoudre le problème des milliards de dollars que coûte la violence familiale envers les femmes. Peut-être n'y a-t-il rien de plus indispensable que l'adoption d'un plan bien coordonné, axé sur l'aide aux enfants témoins d'actes de violence.
Le problème social que représentent les enfants vivant dans un contexte de violence envers les femmes n'a rien de nouveau. Bien que la recherche dans ce domaine et l'aide à ce groupe n'ont vraiment commencé à prendre forme qu'au cours des dix dernières années, ces enfants posent un problème difficile à résoudre pour de nombreux éducateurs et fournisseurs de services sociaux, de services de santé et de services de garde d'enfants. Ceux qui travaillent dans le domaine de la protection de l'enfance constatent de plus en plus le lien entre l'exposition à la violence et les autres formes de mauvais traitement des enfants. Certains enfants qui ont été exploités sexuellement par leur beau-père ne le révèlent que bien des années plus tard lorsqu'ils ont également la terreur de voir leur mère maltraitée physiquement et verbalement. La peur les empêche de parler. Les adolescents qui, chez leur médecin de famille ou l'infirmière de l'école, notent des symptômes d'anxiété, de dépression ou des effets somatiques, vivent parfois avec des secrets qu'ils répriment au sujet de la violence dans leur famille. L'enfant hyperactif et indiscipliné à l'école, candidat idéal pour le traitement au Ritalin, revit parfois les scènes du champ de bataille familial et manifeste les syndromes du stress post-traumatique (SSPT). L'enfant qui brutalise ses camarades à la garderie, qui pose un problème pour le personnel et fait l'objet de plaintes des parents, ne fait parfois qu'imiter le comportement de pouvoir et de contrôle excessif dont il est chaque jour témoin chez lui.
La rédaction de ce guide est justifiée par certains des exemples qui précèdent d'enfants témoins d'actes de violence qui sont négligés, dont les problèmes sont mal diagnostiqués ou qui ne reçoivent pas le type d'aide approprié. Dans bien des cas, ces enfants sont doublement victimes lorsque leurs problèmes sont minimisés ou aggravés à cause de l'ignorance des autres. Ainsi, le juge qui ordonne la garde partagée et accorde le droit de visite toutes les deux semaines à un père qui a maltraité la mère des enfants mais n'a jamais maltraité directement les enfants, crée parfois une foule de nouveaux problèmes pour la mère maltraitée et ses enfants. Le jeune contrevenant qui a agressé sa petite amie ou des camarades masculins, et que l'on envoie dans un camp de type militaire pour y découvrir les bienfaits d'une stricte discipline, risque de ne pas profiter des leçons qu'il en tirerait normalement s'il a été élevé par un père violent. Malheureusement, il y a d'innombrables exemples de ce genre qui montrent que le problème des enfants témoins d'actes de violence n'intéresse pas seulement le personnel des refuges et les agents de police mais constitue en fait un problème fondamental pour tous les professionnels de première ligne et pour les services communautaires qui s'occupent des enfants et de leurs familles. Étant donné les renseignements cliniques dont on dispose et l'état de la recherche sur la question, l'ignorance n'est plus une excuse valable pour l'absence d'interventions communautaires appropriées.

INCIDENCE ET PRÉVALENCE DE L'EXPOSITION DES ENFANTS À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES
C'est le Canada qui a effectué l'enquête la plus exhaustive sur la violence envers les femmes comprenant également une estimation du nombre d'enfants témoins d'actes de violence au foyer (Johnson, 1996). Cette étude portait à la fois sur la prévalence pendant toute la vie et sur l'incidence annuelle de la violence envers les femmes. L'enquête initiale a révélé que 29 p. 100 des femmes canadiennes sont victimes d'actes de violence physique ou sexuelle de la part de leur conjoint (y compris les conjoints de fait) à un moment quelconque de leur vie après l'âge de 18 ans. Près de quatre femmes sur dix (39 p. 100) ont déclaré que leurs enfants avaient été témoins de ces mauvais traitements, ce qui signifie qu'au moins deux millions d'enfants (à supposer qu'il y ait en moyenne deux enfants par famille) ont été exposés à des actes de violence. Plus de 1,2 million d'enfants auraient donc été témoins de formes extrêmes de violence, y compris les blessures, et, dans la plupart des cas (1 040 000), leurs mères auraient craint pour sa vie (Johnson, 1996). Ce chiffre représente en fait une sous-estimation de la prévalence réelle de ces situations, étant donné que la plupart des chercheurs dans ce domaine reconnaissent que les parents ont tendance à sous-estimer les incidents auxquels leurs enfants ont été exposés chez eux, et même dans les cas où les enfants n'ont peut-être pas été témoins oculaires d'une agression, ils n'en sont pas moins marqués par l'atmosphère de peur dans leur famille et par l'effet de la violence sur leur mère (p. ex., Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990).
La question au sujet de la prévalence des enfants témoins d'actes de violence nous amène à en poser une seconde : combien d'adultes ont été témoins d'actes de violence dans leur famille d'origine lorsqu'ils étaient enfants? Selon l'Enquête sur la violence envers les femmes (VEF), environ 17 p. 100 des femmes de plus de 18 ans indiquent qu'elles ont été témoins d'agressions de leur père contre leur mère [1 785 000 femmes de 18 ans et plus] (Rodgers, 1994). En outre, les femmes ont déclaré que leur conjoint actuel (9 p. 100 des cas), leur ancien conjoint (17 p. 100 des cas) avaient été témoins d'actes de violence chez eux. Cette expérience était liée au fait que les femmes sont exposées à un plus grand nombre d'actes de violence graves et répétés. Si le beau-père d'une femme se montrait violent à l'égard de sa belle-mère, par exemple, il y avait trois fois plus de chances que cette femme soit exposée à des mauvais traitements physiques et sexuels une fois mariée en comparaison des femmes qui avaient épousé des hommes dont les pères n'étaient pas violents (12 p. 100 au lieu de 36 p. 100). Il était plus fréquent que ces femmes soient battues, étranglées, menacées avec un couteau ou une arme à feu et qu'elles subissent des blessures (Johnson, 1996).
Chaque année, de nouveaux enfants sont exposés à la violence envers les femmes. Au Canada, quelque 160 000 enfants seraient témoins d'actes de violence chaque année, si l'on prend un taux moyen de 3 p. 100 (201 000) de femmes mariées victimes d'actes de violence, observés dans 39 p. 100 des cas par des enfants, et une moyenne de deux enfants par famille (Johnson, 1996). Encore une fois, cette estimation est extrêmement prudente parce que les adultes ont tendance à sous-estimer ce dont les enfants sont témoins. D'autre part, un nombre considérable de femmes peuvent être maltraitées par d'autres proches (hommes qu'elles fréquentent, femmes lorsqu'il s'agit de relations homosexuelles) et par conséquent, ne pas figurer dans la catégorie des conjoints de l'enquête VEF. Il est probable que le chiffre est plus proche de 500 000 enfants et adolescents.
Compte tenu de l'effet à court terme et à long terme possible sur les témoins d'actes de violence, l'incidence et la prévalence considérables du problème ont de nombreuses conséquences. Comme environ 60 p. 100 des enfants témoins souffrent du syndrome de stress post-traumatique (Lehmann, 1997) démontrant qu'ils éprouvent des difficultés récurrentes sur les plans affectif et comportemental après que la violence ait pris fin, l'effet sur eux est grave et il peut être tout aussi profond sur la prochaine génération de couples mariés.
Bien que ce guide soit consacré essentiellement aux problèmes des enfants exposés à la violence, la recherche et l'expérience indiquent qu'il y a un chevauchement considérable des différentes formes de violence familiale. Ainsi, dans 30 à 40 p. 100 des familles où la femme est maltraitée, les enfants peuvent également être victimes de violence physique ou sexuelle. Une incidence élevée d'agressions entre frères et sœurs a également été signalée. Les études portant sur la violence physique et sexuelle à l'égard des enfants démontrent que dans la moitié des cas, la mère des enfants est également soumise à de mauvais traitements. Les études portant sur la prévalence sur toute une vie de la violence à l'égard des jeunes filles et des femmes, y compris toutes les formes de violence sexuelle et physique intrafamiliale et extrafamiliale, ont révélé que la vaste majorité des personnes interrogées font état d'antécédents de violence (Comité canadien sur la violence faite aux femmes, 1993), ce qui en dit long sur le caractère généralisé de la violence.
  
Violence dans la vie des jeunes filles et des femmes
54 p. 100ont vécu une forme quelconque d'expérience sexuelle non voulue ou importune avant l'âge de 16 ans.
17 p. 100ont eu au moins une expérience d'inceste avant l'âge de 16 ans.
51 p. 100ont été la victime d'un viol ou d'une tentative de viol après l'âge de 16 ans.
27 p. 100ont été victimes d'une agression physique dans le cadre d'une relation intime.
9 p. 100ont craint pour leur vie à cause du déchaînement et de la gravité de la violence.
50 p. 100des femmes victimes de violence physique ont également été soumises à l'agression sexuelle.
(Extrait du Women's Safety Project de Toronto — 420 entretiens approfondis avec des femmes de 18 à 64 ans — résumé par le Comité canadien sur la violence faite aux femmes)

 

EFFETS SUR LES ENFANTS DE L'EXPOSITION À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES
Tout récemment encore, on ne considérait pas que les enfants exposés à la violence familiale avaient des besoins spéciaux, ni qu'ils devaient être protégés. L'état actuel des connaissances ne laisse plus aucun doute sur la gravité des conséquences sur le plan psychologique et comportemental pour les enfants témoins d'actes de violence familiale, ainsi que sur les effets nocifs sur leur développement social et scolaire (p. ex., Hughes, 1988; Fantuzzo et Lindquist, 1989; Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Peled, Jaffe et Edleson, 1995; Sudermann et Jaffe, 1998). Les effets sont suffisamment graves pour qu'un nombre croissant d'administrations considèrent aujourd'hui que ces enfants doivent bénéficier de la protection des lois (Echlin et Marshall, 1995).
Être témoin d'actes de violence familiale a un certain nombre d'effets principaux, mais aussi des effets plus subtils. Parmi les mieux documentés et les plus frappants, on peut citer des cas plus fréquents de passage à l'acte et de comportement agressif, ainsi que la dépression et l'anxiété.
A. Comportement agressif et indiscipline
Les enfants témoins d'actes de violence familiale deviennent souvent agressifs à l'égard de leurs frères et sœurs, de leurs pairs et de leurs enseignants. Ils ont tendance à être indisciplinés et sont parfois facilement irritables. La destruction de biens et une tendance à se battre lorsqu'ils sont enfants en font souvent des délinquants juvéniles lorsqu'ils sont adolescents. Les comportements de passage à l'acte sont souvent plus prononcés chez les garçons, mais ils existent aussi chez un nombre important de filles.
B. Problèmes affectifs et d'intériorisation
Les problèmes affectifs (intériorisation) sont l'anxiété, la dépression, la faible estime de soi, le comportement de retrait et la léthargie, entre autres. On les observe chez les enfants exposés à la violence familiale. D'autres enfants éprouvent des troubles somatiques (douleurs physiques, algies et maladies sans cause médicale connue). Ces symptômes peuvent être dus au fait que ces enfants sont soumis à une forte tension interne, sans moyen efficace de résoudre le problème, de parler des questions qui les préoccupent ou de chercher de l'aide. De nombreux observateurs estiment que l'intériorisation des problèmes, la nécessité d'avoir un comportement parfait et le sentiment exagéré que leur mère a besoin de leur aide, sont particulièrement répandus chez les filles qui sont témoins d'actes de violence familiale (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Kerig et coll., 1998).
C. Effets sur le développement social et scolaire
D'autres études ont démontré que les enfants témoins d'actes de violence envers les femmes sont fréquemment handicapés dans leur développement social et scolaire (Pepler, Moore, Mae et Kates, 1989; Randolf et Talamo, 1997). Les enfants témoins d'actes de violence ou qui l'ont été dans le passé sont parfois préoccupés par le problème et ont des difficultés à se concentrer sur leurs tâches scolaires. Le développement social de ces enfants peut également être retardé parce qu'ils sont trop tristes, anxieux ou préoccupés pour participer, ou parce que leur tendance à utiliser des stratégies agressives pour résoudre les problèmes interpersonnels fait qu'ils sont peu aimés dans leur groupe et sont rejetés par celui-ci.
Des travailleurs communautaires ont remarqué que certaines jeunes femmes appartenant à des groupes d'immigrants de diverses cultures et vivant dans des foyers violents se hâtent parfois pour terminer leurs études afin d'essayer de trouver un moyen rapide mais culturellement acceptable d'échapper au milieu familial, par exemple, en se mariant très jeunes ou en prenant un emploi avant d'avoir poussé leurs études aussi loin qu'elles le pouvaient (Kazarian et Kazarian, 1998).
D. Syndrome de stress post-traumatique
De récentes études ont montré que de nombreux enfants qui sont témoins d'actes de violence envers les femmes souffrent du syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, quatrième édition (DSM-IV), donne la définition suivante du syndrome de stress post-traumatique : le sujet a été exposé à un événement marqué par la mort d'une personne, une menace de mort ou une blessure grave, ou encore une menace pour son intégrité physique ou celle d'autres personnes; le sujet a eu une réaction de terreur, de détresse, ou d'horreur ou, dans le cas des enfants, le comportement est devenu agité ou désorganisé. En outre, le sujet revit l'événement (p. ex., cauchemars, souvenirs importuns déclenchés par certains signaux); évite systématiquement tout stimuli qui lui rappelle l'événement; fait l'expérience de symptômes persistants d'activation accrue se manifestant par de la difficulté à s'endormir, l'irritabilité, des crises de colère, des difficultés à se concentrer, l'hypervigilance et des réflexes de sursaut exagéré (American Psychiatric Association, 1994). Lehmann (1997) a constaté que 56 p. 100 d'un échantillon d'enfants dans des foyers pour femmes satisfaisaient à tous les critères du SSPT, alors que la majorité des autres enfants présentaient certains symptômes liés à ce syndrome. Terr (1991) et les auteurs du présent guide ont suggéré que la conceptualisation du SSPT est fondée sur la notion de personnes qui vivent un événement extrêmement traumatique, mais les enfants qui sont témoins d'actes de violence chez eux sont souvent exposés à une forme plus chronique et durable de violence que Terr a appelée le traumatisme de type II. De nombreux enfants exposés à la violence conjugale n'ont parfois jamais connu d'atmosphère familiale calme et paisible, même lorsqu'ils étaient très jeunes, si bien que leur développement et leurs réactions en sont affectés de manière différente et plus chronique que lorsqu'il s'agit d'enfants qui vivent un seul événement traumatique dans un milieu habituellement paisible et favorable.
E. Symptômes subtils
Il est aussi fréquent que des symptômes plus subtils se manifestent chez les enfants exposés à la violence : attitudes inappropriées à l'égard de l'utilisation de la violence pour résoudre les conflits; attitudes inappropriées à l'égard de la violence envers les femmes; admettre la violence dans les relations intimes et les fréquentations; hypersensibilité à l'égard des problèmes au foyer; l'impression qu'ils sont à blâmer pour la violence.
  

SYMPTÔMES CHEZ L'ENFANT DE L'EXPOSITION À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES À DIFFÉRENTES ÉTAPES DE SON DÉVELOPPEMENT
Stade prénatal
Il est courant que la violence commence ou continue pendant la grossesse. L'enquête VEF de 1993, effectuée par Statistique Canada, a révélé que 21 p. 100 des femmes maltraitées par un conjoint avaient été agressées pendant leur grossesse et que pour 40 p. 100 d'entre elles, la violence avait commencé pendant cette grossesse (Rodgers, 1994). McFarlane, Parker, Soeken et Bullock (1992) ont constaté qu'un nombre élevé de femmes recevant des soins prénataux courants révélaient qu'elles avaient été maltraitées lorsqu'on leur posait les bonnes questions. L'ampleur exacte des effets de la violence sur le développement prénatal et le milieu intra-utérin reste à étudier. Cependant, chez les femmes qui sont maltraitées et battues pendant leur grossesse, le fœtus court indiscutablement un risque accru de blessures.
De la naissance à deux ans
Même les enfants en bas âge réagissent aux conflits entre leurs parents en manifestant un stress mesurable d'après leur rythme cardiaque, leur réflexe psychogalvanique, leurs pleurs et leur détresse psychologique (Cummings, Iannotti et Zahn-Waxler, 1985). On pense que le fait d'être témoin d'actes de violence familiale, jumelé aux effets négatifs sur la capacité de la mère de bien s'occuper de son enfant, font que les jeunes enfants éprouvent d'importantes difficultés à établir des relations et à s'épanouir. Les bébés courent également des risques physiques lorsque leur mère est maltraitée car ils peuvent être frappés lorsqu'ils se trouvent dans ses bras ou près d'elle; ils peuvent aussi être jetés au sol ou frappés par l'agresseur.
Les travaux de Perry (1995) sur les effets des environnements violents sur les très jeunes enfants permettent de penser que le cerveau et le développement nerveux de l'enfant subissent des changements négatifs lorsqu'il est exposé à la violence envers les femmes et à d'autres formes de violence à ce stade de sa vie. Selon Perry (1995), l'exposition à la violence traumatique altérera le développement du système nerveux central et prédisposera le sujet à être plus impulsif, réactif et violent (1995). Plus tard, sur le plan du comportement, cela se manifestera par l'hypervigilance aux menaces perçues et par l'hypersensibilité (agression) lorsque le sujet s'attend à être agressé par d'autres personnes. Bien que d'autres recherches s'imposent dans ce domaine, les données actuelles montrent que l'exposition à la violence envers les femmes a un effet très grave sur les bébés et les jeunes enfants.
Enfants d'âge préscolaire
Les enfants d'âge préscolaire, comme les bébés, sont gravement perturbés lorsqu'ils sont témoin de conflits et de violence entre leurs parents. Même lorsque le conflit est relativement mineur, les enfants d'âge préscolaire s'arrêtent de jouer et d'explorer, ils manifestent leur détresse, ils cherchent à se rapprocher de leur mère et ils sont très perturbés. Il arrive aussi que certains de ces enfants imitent le comportement dont ils ont été témoins en attaquant leurs compagnons de jeu et leurs frères et sœurs (Cummings et Davies, 1994). Les enfants d'âge préscolaire qui sont témoins d'actes de violence graves manifestent souvent leur anxiété en s'accrochant à leur mère; ils sont difficiles à contrôler et ils manifestent un état d'esprit négatif. Les jeunes enfants sont très vulnérables aux situations dans lesquelles ils sont exposés à la violence envers les femmes à cause de leur dépendance à l'égard de leurs parents.
Enfants d'âge scolaire de 6 à 11 ans
Les enfants des classes primaires manifestent souvent leur détresse devant les actes de violence envers les femmes en adoptant un comportement agressif ou en se repliant sur eux-mêmes à l'école. Ils ont aussi de la difficulté à être attentifs en classe (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990). Ces enfants sont souvent considérés comme souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention, sans qu'on leur demande de décrire les scènes dont ils sont témoins chez eux. Ils ont souvent des difficultés dans leurs rapports avec leurs pairs, ils ont une faible estime de soi et n'ont pas l'énergie suffisante pour participer activement à la vie scolaire (Pepler, Moore, Mac et Kates, 1989). Les garçons peuvent commencer alors à se montrer particulièrement rebelles à l'égard des enseignantes, imitant le manque de respect manifesté chez eux à l'égard des femmes. Dans l'ensemble, les enfants de ce groupe d'âge qui sont exposés à la violence envers les femmes ont tendance à avoir des problèmes affectifs et des problèmes de comportement (Sternberg et coll., 1993), bien que la gravité des symptômes varie en fonction de facteurs tels que la fréquence, la gravité et la durée de la violence observée par ces enfants, leur personnalité et les caractéristiques familiales ainsi que leurs points forts et leur capacité d'adaptation.
Adolescents
Les adolescents qui sont témoins d'actes de violence familiale, et qui n'ont pas bénéficié d'une aide professionnelle, font souvent l'école buissonnière, abandonnent leurs études et s'enfuient de chez eux. Ils deviennent souvent délinquants juvéniles. Ils sont fréquemment incapables de faire des plans d'avenir et ils adoptent un comportement d'évitement face aux difficultés. La dépression et le suicide sont également possibles à cet âge. Ils deviennent souvent membres d'un groupe de pairs qui a des effets négatifs sur eux.
Effets à long terme
Il commence à y avoir des études qui révèlent les effets négatifs à long terme de l'exposition à la violence envers les femmes. Ainsi, certaines études ont démontré que l'exposition à la violence familiale au cours de l'enfance laisse prévoir des difficultés d'adaptation sociale (Henning et coll., 1996) et un état dépressif (Straus, 1992) à l'âge adulte. Ces associations persistent, même après d'autres expériences négatives au cours de l'enfance, telles que la violence physique à leur égard et la négligence des parents, aient été prises en compte.
  
BébésEnfants d'âge préscolaireLatence
5-12 ans classes primairesDébut de l'adolescence
12-14 ansFin de l'adolescence
15-18 ans
Retard staturo-pondéral
Inattention
Perturbation des habitudes d'alimentation et de sommeil
Retards du développement Actes d'agression
Dépendance
Anxiété
Cruauté envers les animaux
Actes de destruction de biens
Symptômes du SSPT Brutalité à l'égard des autres
Agressivité générale
Dépression
Anxiété
Repli
Symptômes du SSPT
Comportement oppositionnel
Destruction de biens
Mauvais résultats scolaires
Manque de respect à l'égard des femmes; convictions stéréotypées à l'égard du rôle des hommes et des femmesViolence à l'égard des personnes qu'ils fréquentent
Brutalité
Manque d'estime de soi
Suicide
Symptômes du SSPT
Pratique de l'école buissonnière
Problèmes somatiques
Manque de respect à l'égard des femmes; convictions stéréotypées à l'égard du rôle des hommes et des femmes Violence à l'égard des personnes qu'ils fréquentent
Abus d'alcool ou de drogues
Désertion du foyer
Baisse soudaine des résultats et de la fréquentation scolaires
Manque de respect à l'égard des femmes; convictions stéréotypées à l'égard du rôle des hommes et des femmes

Enfants exposés à la violence envers les femmes. Quelques faits
Les enfants et les adolescents qui sont témoins de violence envers leur mère éprouvent des problèmes affectifs et de comportement analogues à ceux des enfants qui sont eux-mêmes soumis à de mauvais traitements physiques.
 
Les enfants qui sont témoins de violence envers les femmes souffrent souvent du syndrome de stress post-traumatique. Les symptômes du SSPT sont les suivants : anxiété, crainte, irritabilité, pensées importunes et rappel d'images de la violence, explosions de colère imprévisibles et évitement des situations qui rappellent à l'enfant les actes de violence dont il a été témoin.
 
Les enfants et les adolescents qui sont témoins d'actes de violence éprouveront souvent des difficultés à se concentrer et connaîtront des problèmes de comportement et d'apprentissage.
 
Les enfants et les adolescents qui ont été témoins d'actes de violence familiale sont souvent considérés, à tort, comme souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention, parce qu'on ne leur a pas demandé s'ils avaient été témoins d'actes de violence familiale.
 
Les garçons qui sont témoins d'actes de violence de leur père à l'égard de leur mère courent plus de risques de devenir eux-mêmes des agresseurs dans leurs relations intimes conjugales.
 
Les enfants et les adolescents qui sont témoins de violence familiale courent un risque plus élevé de dépression.
 
La pratique de l'école buissonnière, la délinquance et les fugues sont courantes chez les enfants qui ont été témoins de violence envers les femmes.
 
Les enfants et les adolescents qui ont été témoins de violence envers leur mère courent le risque d'être soumis à des actes de violence physique et sexuelle par l'agresseur de leur mère.
 
Les enfants et les adolescents qui sont témoins de violence envers les femmes ont besoin d'une aide spécialisée.


Chevauchement des symptômes
du THADA et du SSPT
Les enfants et les adolescents qui ont été témoins chez eux de violence envers les femmes sont fréquemment considérés, à tort, comme souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention. Cela s'explique en partie par le fait que cette violence demeure occultée lorsqu'aucune question sur le problème n'est posée et en partie parce que les symptômes sont très semblables dans les deux cas. Voici une comparaison empruntée aux critères du DSM-IV pour les deux troubles :
(Veuillez noter que tous les critères de diagnostic des deux troubles ne sont pas représentés, mais qu'ils ont été choisis afin d'illustrer le chevauchement dans des domaines importants. Pour obtenir une liste complète des critères de diagnostic, veuillez consulter le DSM-IV (1994, p. 83B84 et 427B429).
Exemple de critères de diagnostic du trouble déficitaire de l'attention : type inattentifQuelques critères de diagnostic du syndrome de stress post-traumatique
• Éprouve souvent de la difficulté à maintenir son attention lorsqu'il exécute une tâche ou lorsqu'il joue.• Difficulté à se concentrer.
• Souvent, ne parvient pas à faire très attention aux détails ou commet des fautes d'inattention dans son travail scolaire, au travail ou dans d'autres activités.• Intérêt ou participation nettement réduits lors d'activités importantes.
• Souvent, ne donne pas suite aux instructions. Se montre souvent oublieux dans les activités quotidiennes.• Trous de mémoire au sujet de la violence.

 

DÉPISTAGE DES CAS D'EXPOSITION À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES
Le contact entre les professionnels de première ligne et les femmes maltraitées et leurs enfants représente une occasion exceptionnelle d'intervention précoce. C'est parfois le moment opportun d'élaborer un plan de sécurité dans les cas où la violence s'est aggravée et où un risque imminent ou continu de dommage personnel est apparent. Il arrive aussi que les professionnels qui aident les femmes et les adolescents observent certains indices ou qu'ils aient des raisons de craindre que leurs clients sont exposés chez eux à la violence envers les femmes, sans pour autant en être certains.
Dépistage initial des symptômes chez les enfants
L'intervenant de première ligne qui a l'impression que des enfants sont exposés à la violence familiale peut avoir recours à certaines techniques de dépistage :
Lorsqu'il s'agit de jeunes enfants, il serait important de rencontrer la mère afin de parler du comportement de l'enfant de manière constructive et impartiale (p. ex., « La brutalité de Jean à l'égard des autres enfants m'inquiète et je voudrais l'aider à changer de comportement. J'aimerais savoir ce que vous observez à la maison. Avez-vous une idée quelconque de ce qui semble le perturber? »).
 
Dans le cas des enfants plus âgés et des adolescents, il conviendrait d'aborder le problème de manière plus directe (p. ex., « Je m'inquiète à ton sujet et au sujet des autres enfants lorsque tu les menaces. J'aimerais t'aider à établir de meilleurs rapports avec les gens. Sais-tu pourquoi tu te comportes de cette manière? »).
Il arrive fréquemment que les enfants veuillent que quelqu'un de l'extérieur découvre l'existence des problèmes familiaux et pour cela, ils révèlent un certain nombre d'indices par leur comportement. Ils le font aussi de façon indirecte, dans leur journal intime ou dans leurs conversations. Aussi bien les mères que leurs enfants ne divulguent pas toujours ce qui se passe la première fois qu'on le leur demande mais il est possible de faire quelques suggestions utiles qui les incitent parfois à révéler plus tard qu'ils sont exposés à la violence chez eux.
Si vos soupçons paraissent bien fondés et étayés par des tiers (p. ex., camarades de l'école secondaire qui confient leurs inquiétudes), il est parfois bon de poser des questions de manière plus directe. Ainsi, les médecins de famille (p. ex., Brown et coll., 1996) et les infirmières et médecins de salle d'urgence (p. ex., Wright, Wright et Issac, 1997) ont mis au point des questions et des protocoles standards très directs qui permettent de confirmer les cas de violence qu'ils soupçonnent fortement. Nous vous suggérons les questions suivantes :
Vos rapports avec votre conjoint sont-ils tendus?
 
Comment réglez-vous vos querelles avec votre partenaire?
 
Vous sentez-vous déprimé ou avez-vous honte de vous-même après ces querelles?
 
Les paroles ou les actes de votre partenaire vous font-ils parfois peur?
 
Vous arrive-t-il d'avoir peur de ce que votre partenaire dit ou fait?
(Adapté du Woman Abuse Screening Tool [Brown et coll., 1996])
Ces questions sont destinées à être utilisées comme outils de dépistage initial.
En cas de divulgation, prenez immédiatement des mesures
Dans de nombreux cas de violence envers les femmes, les enfants exposés à cette situation demeurent les victimes ignorées parce que le traumatisme et le préjudice psychologique qu'ils subissent n'est pas compris ou est minimisé. Ainsi, un spécialiste de la thérapie familiale qui se rend compte que des actes de violence envers les femmes se produisent dans la famille d'un client doit interrompre le mode familial d'intervention pour aider la femme à se mettre en sécurité, et pour faciliter la thérapie à l'intention des enfants qui sont menacés par une foule de problèmes affectifs et de comportement. Un médecin de famille qui s'aperçoit que l'enfant est exposé à la violence envers les femmes doit discuter avec la mère des mesures de sécurité à prendre et de la thérapie à adopter pour l'enfant. Un agent de police qui intervient dans une famille où une mère a été maltraitée doit, pour le moins, la renseigner sur les services communautaires à l'intention des enfants exposés à la violence. Les enfants ne sont pas de simples meubles qui figurent dans le décor. Ce sont des individus gravement traumatisés qui ont particulièrement besoin d'aide lorsque les personnes qui s'occupent d'eux se trouvent également en situation de crise.
Le point de départ est de savoir que l'exposition à la violence envers les femmes est liée à de graves problèmes d'adaptation. Voici un exemple qui montre bien combien de travail il reste encore à faire dans ce domaine : deux stagiaires sur trois dans les services d'urgence de médecine pédiatrique croyaient que l'intervention en faveur des mères maltraitées ne relevait pas de la pratique de la pédiatrie (Wright, Wright et Isaac, 1997).
Demandez aux enfants qui manifestent des symptômes sur le plan affectif et celui du comportement s'ils ont été témoins d'actes de violence
Comme nous l'avons indiqué dans la section précédente, l'exposition à la violence envers les femmes peut se manifester de diverses manières chez les enfants et les adolescents. Lorsque ces enfants ou adolescents ont des problèmes d'apprentissage, d'inattention, d'agression et d'indiscipline, lorsqu'ils ont des difficultés à dormir, sont déprimés, se replient sur eux-mêmes ou sont anxieux, il faut envisager la possibilité qu'ils sont exposés à la violence envers les femmes.
  

COMMENT INTERROGER LES ENFANTS SUSCEPTIBLES D'ÊTRE EXPOSÉS À LA VIOLENCE FAMILIALE
Les questions qui suivent peuvent être utiles à l'intervenant qui tente de déceler une exposition à la violence envers les femmes. Ces questions devraient naturellement être utilisées concurremment avec d'autres techniques et sources d'information.
 
1. Toutes les familles se querellent et ont des divergences d'opinion. Que se passe-t-il dans la tienne lorsque ta mère et ton père (ton beau-père, l'ami de ta mère) ne sont pas d'accord? En viennent-ils parfois aux hurlements et aux coups? Qu'as-tu éprouvé lorsque cela s'est produit?
2.T'arrive-t-il de craindre que ta mère soit blessée? Te souviens-tu d'un cas où cela s'est produit? Qu'est-il arrivé cette fois-là (la dernière fois que cela s'est produit)? Quelle a été la pire querelle ou le pire acte de violence dont tu as jamais été témoin?
3.Que fais-tu lorsque la violence éclate? As-tu jamais appelé la police ou tenté d'intervenir? As-tu jamais été blessé?
4.La police est-elle jamais intervenue? As-tu jamais essayé d'obtenir de l'aide? Que fais-tu?
5.Y a-t-il des endroits sûrs où tu peux essayer de te réfugier lorsque tu crains qu'il y ait du grabuge?
6.T'arrive-t-il d'être frappé ou blessé chez toi? Es-tu menacé? D'autres choses graves t'arrivent-elles?
7.S'agit-il d'un secret familial, ou d'autres personnes savent-elles ce qui se passe? Serais-tu d'accord pour que j'en parle à ta mère?
8.Parlons de la manière d'assurer ta sécurité la prochaine fois que cela se produira.

 

INTERVENTION EN SITUATION DE CRISE ET PLANIFICATION DES MESURES DE SÉCURITÉ

Quoi dire si un enfant révèle qu'il a
été témoin de violence envers les femmes
Tu as bien fait de me parler de ce problème. Personne ne devrait jamais être maltraité.
 
Es-tu en sécurité? As-tu été frappé? Essaies-tu parfois d'arrêter les querelles? Comment le fais-tu?
 
Ces choses-là arrivent dans d'autres familles du quartier et il y a des gens qui peuvent aider. (Selon l'âge de l'enfant, il est parfois bon de lui expliquer les ressources communautaires qui existent ou de fournir l'information directement à sa mère.)
 
Élaborez un plan de sécurité avec l'enfant.
Quoi faire lorsqu'un enfant révèle l'existence d'un problème
Essayez de parler à la mère de l'enfant, mais de manière à ne pas la mettre en danger. Essayer de prendre contact avec elle au moment où l'agresseur n'est pas présent.
 
Renseignez la mère sur les ressources communautaires : foyer ou centre d'accueil pour les femmes, police, lignes d'écoute téléphonique, services de counselling, etc.
 
Planifiez les mesures de sécurité avec la mère, ou aiguillez-la vers un autre organisme qui pourra l'aider à le faire.
 
S'il apparaît que la mère ou l'enfant court un danger imminent (p. ex., menaces de mort, tentatives de l'homme pour pénétrer dans le logement, menaces d'enlèvement des enfants), vous devriez encourager la femme à prendre immédiatement contact avec la police et, si elle refuse de le faire, vous devriez en prendre vous-même l'initiative. En cas de harcèlement, criminel ou non, la femme devrait également être encouragée à prendre contact avec la police.
 
Si l'enfant a été victime de violence physique ou sexuelle, vous devriez prendre immédiatement contact avec la société d'aide à l'enfance.
 
Si la situation ne s'améliore pas et si l'enfant manifeste des signes de traumatisme affectif, encouragez la mère à prendre contact avec la société d'aide à l'enfance. Si l'enfant a subi un préjudice affectif grave, pour avoir été témoin de la violence, vous pouvez prendre vous-même contact avec cet organisme. Si c'est un cas tangent, ou si vous n'êtes pas certain que vous devriez le signaler, vous pouvez le faire de façon anonyme ou sans mentionner de nom jusqu'à ce que l'on vous dise si le cas doit être signalé.
Après que les plans de sécurité ont été établis, orientez l'enfant vers un service de thérapie collective ou individuelle afin de l'aider à surmonter le fait qu'il a été témoin de violence, et de prendre des mesures de prévention secondaire de futures situations de violence.
Plan de sécurité
(Adapté de Loosley et coll., 1997, p. 103)
1. Trouve un endroit sûr.
L'endroit ou je suis en sécurité est :
(écris l'adresse de l'endroit sûr ou représente-le par un dessin).
2.Confie-toi à un adulte en qui tu as confiance.
Nom des adultes :
 
3.Demande une aide d'urgence.
Le numéro de téléphone est :
Ce qu'il faut dire au téléphoner :
Je m'appelle :
J'ai besoin d'aide, quelqu'un est en train de faire du mal à ma mère.
Mon adresse est :
Mon numéro de téléphone est :
Pratiquons!
Nota : lorsque les enfants ne parlent ni français ni anglais, la planification des mesures de sécurité doit tenir compte du fait qu'il ne leur sera pas facile d'appeler eux-mêmes les services d'urgence.  Il peur être important de choisir un membre de la collectivité qui parle la langue de l'enfant et comprend sa culture, et qui peut devenir l'adulte de confiance dans le plan de sécurité.
Pour tous les enfants, il est préférable, dans toute la mesure du possible, d'établit le plan de sécurité avec la participation de la mère.


Aiguillage vers les services de protection de la jeunesse : quand signaler qu'un enfant est exposé à la violence envers les femmes
La plupart des professionnels des services de santé et des services sociaux savent déjà que les cas de violence envers les enfants doivent être signalés aux services compétents de protection de la jeunesse, mais ils ne savent pas toujours dans quelles circonstances signaler les cas d'exposition à la violence envers les femmes. Les lois en la matière varient d'une province à l'autre. Les intervenants doivent donc se renseigner sur les dispositions applicables.
Au moment de la rédaction de ce guide, les provinces suivantes mentionnaient nommément dans leurs lois la violence familiale dont les enfants sont témoins ou victimes : l'Alberta, le Yukon, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve. Les autres provinces l'incluent dans la pratique dans la catégorie de la violence psychologique et psychosociale. Certaines provinces révisent actuellement leurs lois relatives aux enfants témoins de violence envers les femmes ou de violence familiale (p. ex., l'Ontario).
La question de l'intervention des services de protection de la jeunesse lorsque des enfants sont témoins de violence est controversée (Echlin et Marshall, 1995), car la plupart des intervenants veulent éviter le genre de situations qui se sont produites dans certaines administrations américaines, où la mère a été tenue responsable de la violence, pour « défaut de protection ».
Lorsqu'une mère est victime d'actes de violence grave, il peut être plus difficile pour elle de s'occuper de ses enfants. Dans certains cas, une telle situation compromet la sécurité et le bien-être de ses enfants et conduit à la négligence. Bien qu'il soit difficile de définir ce qu'est la négligence envers un enfant, il s'agit en général de situations dans lesquelles les besoins fondamentaux de ces enfants ne sont pas satisfaits. Cela se produit le plus souvent lorsque la mère maltraitée est également aux prises avec d'autres problèmes, par exemple l'abus d'intoxicants ou une maladie mentale grave comme la schizophrénie. Dans ces cas-là, la négligence à l'égard de l'enfant doit être signalée aux services de protection de la jeunesse, car ce sont

les enfants qui sont les plus vulnérables. Encore une fois, vous devez vous conformer aux dispositions des lois provinciales.
Il est souvent préférable de consulter les services de protection de la jeunesse afin de savoir si le cas doit être signalé. Cette consultation peut se faire sans révéler l'identité de la femme ou de la famille.

ÉVALUATION DES ENFANTS EXPOSÉS À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES
Il est souvent préférable que les enfants exposés à la violence envers les femmes soient évalués par des professionnels de la santé mentale des enfants. La présente section intéressera donc plus particulièrement les psychologues, les psychiatres et les travailleurs sociaux chargés de l'évaluation formelle des enfants. Cependant, certains aspects du processus intéresseront également d'autres professionnels. Les évaluateurs des questions de garde et de droit de visite des enfants devraient être au courant des problèmes décrits ici pour évaluer correctement les enfants exposés à la violence envers les femmes.
Les enfants qui sont aiguillés vers les groupes s'occupant d'enfants exposés à la violence envers les femmes n'ont parfois besoin que d'une évaluation sommaire, dans le cadre du processus de tri préalable. Cependant, les enfants qui manifestent des symptômes graves, ou qui ont été exposés à des actes de violence extrêmes et répétés, devraient bénéficier, dans la mesure du possible, d'une évaluation et d'une thérapie plus poussées.
Établissement de rapports et décryptage du pacte du secret
Comme les effets de la violence familiale sur un enfant qui en est témoin sont très étendus, l'évaluation des enfants exposés à la violence envers les femmes doit également couvrir un champ très large. Cependant, pour que l'évaluation soit valable, il faut établir auparavant avec l'enfant ou l'adolescent des rapports qui lui permettent de se sentir en sécurité et de parler spontanément de la violence dont il a été témoin. Les enfants ont souvent été influencés par un « pacte du secret » dans les cas de violence, et on leur a appris à ne révéler aucun secret familial aux personnes de l'extérieur. D'autre part, les enfants et les adolescents sont souvent très gênés de révéler les détails des actes de violence, et le fait de parler de ce dont ils ont été témoins peut susciter des émotions et des souvenirs négatifs. Il est important de rassurer l'enfant en lui expliquant qu'il est tout à fait acceptable de parler de la violence et qu'en le faisant, il contribuera à améliorer la situation. Il faut parfois plusieurs séances avant que l'enfant ou l'adolescent se sente suffisamment à l'aise pour parler directement de son expérience et il est bon d'avoir un certain nombre d'autres activités et de sujets à examiner pendant que le rapport de confiance s'établit avec lui. Lorsque l'on saute cette étape, le processus d'évaluation formelle peut susciter beaucoup de dénégations, de « Je ne sais pas » ou de « Je ne me souviens pas ».
Renseignez-vous le plus possible sur la situation
Lorsque l'évaluateur a un entretien avec l'enfant, il est bon qu'il soit aussi bien renseigné que possible sur la nature et les détails de la violence dont cet enfant a été témoin. L'enfant a ainsi le sentiment que son interrogateur s'est donné la peine de se renseigner. Cela aide également à comprendre ce à quoi l'enfant fait allusion, en particulier dans le cas des jeunes enfants. Il est alors plus facile pour l'interrogateur de déterminer le degré de dénégation, de minimisation des incidents ou de franchise de la part de l'enfant.
Perspectives multiples d'évaluation
L'utilisation de modalités multiples d'évaluation et de différentes sources d'information est importante lorsqu'on évalue des enfants qui ont été témoins d'actes de violence. La mère, les membres de la famille élargie, les enseignants, les préposés aux enfants dans les foyers et les agents de soins aux enfants dans d'autres contextes, sont tous des sources d'information importantes. Il est également acceptable d'interroger l'enfant et d'utiliser des questionnaires d'auto-évaluation écrite, ainsi que des listes de vérification des comportements. L'évaluation des symptômes chez l'enfant doit être complétée par une évaluation du milieu dans lequel il vit, de sa capacité d'adaptation chez lui et à l'école, ainsi que d'une évaluation des points forts et des sources de soutien de l'enfant.
(Nota : Les instruments qui suivent doivent naturellement être utilisés par les personnes compétentes, capables d'interpréter et de comprendre les limites des tests psychologiques. Il est également indispensable d'être sensible aux différences culturelles pour utiliser ces mesures d'évaluation, car les enfants appartenant à certains groupes culturels ne sont pas toujours habitués à répondre de cette manière à des questions portant sur leurs préoccupations et leurs problèmes personnels.)
Instruments d'évaluation générale : problèmes affectifs et de comportement
Les mesures d'évaluation générale, comme la Achenbach Child Behaviour Checklist, la Achenbach Teacher Report Form et, pour les adolescents de plus de 12 ans, le Personality Inventory for Youth ou le Achenbach Youth Self Report, sont toutes utiles. Ces instruments révèlent les difficultés sur le plan affectif et celui du comportement, et permettent de déceler les idées et les intentions de suicide, les troubles du comportement, les difficultés de concentration, et les problèmes d'agression, de colère, d'indiscipline et d'anxiété.
Instruments d'évaluation détaillée
Pour les enfants témoins de violence
Ces dernières années, un certain nombre de mesures ont été mises au point pour les enfants qui ont été témoins de violence envers les femmes. Lehmann et Wolfe (1992) ont élaboré un questionnaire en 13 points (History of Violence Witnessed by Child Questionnaire). Chaque rubrique permet de mesurer la fréquence, la durée et les types d'exposition (orale, visuelle, tentative d'intervention).
Stress post-traumatique, dissociation
La liste de contrôle des symptômes de traumatisme de Brière (1996), pour les enfants, est une nouvelle mesure destinée à être utilisée pour les enfants et les adolescents. Cet instrument se présente sous deux formes, avec ou sans rubrique pour la violence sexuelle. Il est conçu pour mesurer les symptômes de stress post-traumatique : excès ou manque d'énergie, hypervigilance, irritabilité, rappel d'images, souvenirs importuns, difficulté à se concentrer, dissociation, anxiété et dépression. Le guide qui l'accompagne contient des profils de jeunes gens qui ont été témoins de violence envers les femmes; c'est un des premiers instruments à utiliser ces profils.
La Child Impact of Traumatic Events Scale-Family Violence Form (CITES-FVF) (Wolfe et Lehmann, 1992) est un autre instrument de détection des symptômes de stress post-traumatique. Outre les 25 rubriques relatives aux symptômes, la CITES-FVF mesure les attributions relatives à la perception du danger, à la vulnérabilité personnelle et à l'autocritique et la culpabilité.
Dépression
Le Children's Depression Inventory (Kovacs, 1981) est utile pour assurer le suivi en cas de symptômes de dépression ou d'idées de suicide, est il est facile à administrer.
Enfants témoins de violence envers les femmes, attitudes à l'égard de la violence interpersonnelle
Enfin, il existe un certain nombre de domaines qui n'ont pas encore été évalués de manière satisfaisante grâce à des instruments normalisés, mais qui sont très importants dans le traitement des enfants témoins de violence envers les femmes ou dans les interventions en leur faveur. Ces domaines sont les suivants : attitudes à l'égard de la justification de la violence dans les conflits interpersonnels, connaissance des solutions autres que la violence pour résoudre les problèmes interpersonnels; compréhension de la responsabilité de la violence et aptitudes à assurer sa propre sécurité. Tous ces domaines sont couverts dans le Child Witness to Violence Pre-Post Questionnaire (Sudermann, et coll., 1995; Sudermann, et coll., [sous presse]). Le questionnaire porte sur les attitudes et les convictions relatives à la violence envers les femmes, envers les enfants qui interviennent chez eux dans ces situations, le recours à la violence pour résoudre les conflits interpersonnels, les stratégies de résolution des conflits violents, et les aptitudes à assurer sa propre sécurité. Le questionnaire a été élaboré afin d'évaluer les progrès des enfants témoins de violence envers les femmes qui participent à un traitement de groupe.
Le Child Witness to Violence Interview (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990) est un autre instrument très utile. Ce guide d'entretien porte sur les attitudes et les réactions à la colère chez l'enfant, sur les capacités d'assurer sa propre sécurité, et sur les attitudes à l'égard de la responsabilité en matière de violence.
Pour les adolescents plus âgés, le questionnaire London Family Court Clinic Questionnaire on Violence in Relationships (Jaffe, Sudermann et Reitzel, 1989; Jaffe, Sudermann, Reitzel et Killip, 1992) est parfois utile lorsqu'il s'agit d'évaluer les attitudes et les opinions au sujet de la violence envers les femmes en général, ainsi que les attitudes à l'égard de la violence pendant les fréquentations.
Points forts et sources de soutien
Les recherches sur les facteurs de protection des enfants témoins d'actes de violence ne sont pas encore très poussées. Cependant, l'expérience clinique et les recherches relatives à d'autres types de handicap chez les enfants montrent combien il est important que l'enfant ait des points forts qui jouent un rôle de compensation et qu'il ait d'autres sources de soutien dans le milieu où il vit (Kerig et coll. 1998), par exemple des liens très forts avec sa mère ou d'autres personnes qui s'occupent de lui, et un fort soutien de la part de ses enseignants et de ses pairs (Rutter, 1979).
Les caractéristiques personnelles de l'enfant, telles que l'âge au départ, son degré de développement, le fait qu'il peut se souvenir d'une époque sans violence, sont toutes très importantes. L'intelligence, les bons résultats scolaires, les capacités athlétiques et les relations avec les pairs, ainsi que les talents et les intérêts spéciaux sont autant de ressources et de moyens de défense contre les effets de la violence. Le milieu scolaire et les caractéristiques du voisinage, ainsi que l'accès au counselling en cas de besoin, sont aussi des facteurs très importants (Rutter, 1990).
Le processus d'évaluation peut être utilisé comme un moyen de préparation au counselling afin d'aider l'enfant ou l'adolescent à se sentir plus à l'aise lorsqu'il parle de la violence, et de lui souligner l'existence de groupes de soutien et de thérapeutes pour l'aider à surmonter le traumatisme dont il a été victime.
  

THÉRAPIE ET SOUTIEN POUR LES ENFANTS EXPOSÉS À LA VIOLENCE CONJUGALE OU FAMILIALE
Besoins des enfants
Les enfants et les adolescents qui ont été exposés à la violence envers les femmes partagent certains besoins :
•  Rompre le silence au sujet de la violence.
•  Apprendre à planifier leur sécurité en cas de reprise de la violence.
•  Apprendre qu'ils n'y sont pour rien.
•  Faire face à leurs souvenirs traumatiques dans un cadre sûr et favorable.
•  Apprendre à appliquer les stratégies d'adaptation aux symptômes de traumatisme, dont l'irritabilité, l'évitement des situations qui rappellent l'auteur de la violence, les éclats de colère, le retrait, la crainte, la tension et les souvenirs troublants.
•  Apprendre qu'il y a des solutions de rechange à la violence au sein des relations personnelles et que la violence est inacceptable (p. ex., violence entre frères et sœurs, violence physique ou sexuelle contre les enfants, violence verbale, violence dans les fréquentations, violence entre pairs).
•  Se familiariser avec le principe de l'égalité dans les relations et abolir les mythes au sujet de la violence envers les femmes.


Formes d'intervention
Les interventions de groupe et les interventions individuelles peuvent toutes aider les enfants ayant été témoins de violence, et certains enfants bénéficient des deux types d'intervention en succession.
Thérapie de groupe ou thérapie individuelle?
Même si la recherche dans ce domaine en est encore à ses débuts, (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Peled et Davies, 1995; Sudermann [sous presse]), l'expérience clinique semble indiquer que la thérapie de groupe est très efficace pour de nombreux enfants qui ont été témoins de violence envers les femmes. Elle permet aux enfants d'apprendre que d'autres vivent aussi cette expérience et de rompre le silence. Les enfants peuvent apprendre de leurs pairs des expériences et des réactions. Cette formule d'intervention s'apparente en outre à d'autres activités, dont les activités scolaires et communautaires, que les enfants connaissent bien, et elles peut sembler plus discrètes que la thérapie individuelle.
Cependant, certains enfants ne sont peut-être pas prêts à une intervention de groupe. Mentionnons, entre autres :
Les jeunes enfants qui ne peuvent être éloignés de leur mère en raison d'une grave angoisse de séparation (peut-être en partie attribuable à la violence). Ces enfants peuvent être orientés vers un groupe mères-enfants.
Les enfants qui sont si agressifs et si actifs qu'ils ne peuvent participer utilement aux activités d'un groupe. Ces enfants peuvent être extrêmement traumatisés, auquel cas la thérapie individuelle peut les préparer à s'intégrer à un groupe.
Les enfants qui ont été très gravement traumatisés à plusieurs reprises et dont les expériences peuvent sembler disproportionnées par rapport à celles des autres participants. Ces enfants font parfois plus de progrès en thérapie individuelle, où l'on peut mettre l'accent sur la victimisation multiple et leur accorder une attention individuelle.
Thérapie de groupe
La thérapie de groupe, décrite par divers auteurs, met généralement l'accent sur les caractéristiques suivantes :
Créer un climat sûr et chaleureux où les enfants s'amusent en plus de faire face à leurs expériences douloureuses.
Habiliter les enfants et les aider à surmonter leur sentiment d'impuissance.
Planifier la sécurité : de nombreux enfants craignent que la violence ne se reproduise, quand la famille sera à nouveau réunie, s'il y a harcèlement ou menaces, ou si un nouveau partenaire maltraite leur mère. Il faut surtout leur dire de ne pas intervenir, de se réfugier en lieu sûr et de demander de l'aide à des adultes et aux services d'urgence, si possible.
Rompre le silence et faire part aux autres membres du groupe de certains de leurs sentiments et de leurs expériences.
Apprendre à définir et à nommer les diverses formes de violence, telles que la violence verbale (menaces), l'agression physique (coups, gifles), agression sexuelle (contacts sexuels non désirés) et violence psychologique (destruction d'objets de valeur).
Apprendre qu'il y a des solutions non violentes pour régler les conflits.
Apprendre des façons non violentes et non agressives d'exprimer la colère et d'autres sentiments (Peled et Davies, 1995; Loosley, Bentley, Rabenstein et Sudermann, 1997).
Groupes d'âge
La plupart des interventions regroupent les enfants qui en sont à la même étape développementale, par exemple les 4 à 6 ans, les 7 à 9, les 10 à 12 et les 13 à 16.
Animateurs
Il est généralement bon que le groupe soit coanimé, préférablement par un homme et une femme, pour illustrer les comportements et les attitudes appropriés des deux sexes. Il est important que les animateurs prévoient une discussion après la séance. En raison de l'ampleur et de la nature de la violence dont les enfants leur parleront, il est important que les animateurs s'occupent de leur propre bien-être pour que leur intervention demeure efficace.
Participation de la mère et des soignants non violents
Il est important que la mère ou les soignants actuels des enfants participent, pour pouvoir comprendre ce que les enfants apprennent et intervenir dans le processus. Dans le cas des groupes réservés aux enfants, le processus est généralement expliqué à la mère ou aux soignants au cours d'une entrevue préalable. De l'information supplémentaire peut être distribuée sous forme de documents.
D'autres modèles préconisent des groupes parallèles pour les mères et les enfants.
D'autres encore prévoient que les mères et les enfants travaillent ensemble au sein de groupes d'environ trois couples mère-enfant. Les buts de ces activités de groupe sont, notamment, de réhabiliter la mère écartée par la violence et de la rétablir dans ses fonctions de soignante et de chef de famille (Rabenstein et Lehmann, 1997).
Thérapie individuelle POUR LES ENFANTS
La thérapie individuelle pour les enfants exposés à la violence envers les femmes peut prendre différentes formes, selon la préférence de l'enfant et de l'intervenant et selon le stade de développement de l'enfant. Certains intervenants ont recours à la thérapie pour permettre à l'enfant d'exprimer ses expériences passées et actuelles ainsi que ses préoccupations et ses inquiétudes, et de découvrir des stratégies d'adaptation. Parfois, le thérapeute a recours à des techniques de désensibilisation et de relaxation systématiques.
D'autres intervenants préfèrent la thérapie par le jeu, en particulier dans le cas des jeunes enfants, ou la thérapie par l'art (Malchiodi, 1990), qu'ils combinent aux techniques d'interprétation et à la discussion.
  

SOUTIEN À LA MÈRE
Les résultats d'études et les résultats cliniques se recoupent pour indiquer le lien étroit entre l'adaptation des enfants témoins de violence et celle de leur mère (p. ex., Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; Holden et coll., 1998). Règle générale, plus la femme est déprimée, anxieuse, isolée et traumatisée, plus les enfants connaissent de problèmes affectifs et comportementaux. Cette constatation signifie que le counselling et le soutien pour la mère victime de violence procurent des avantages indirects à ses enfants.
Une mère victime de violence peut être confrontée à divers problèmes, notamment :
Mettre au point un plan de sécurité adapté à la menace permanente de violence.
 
Guérir de la violence physique et psychologique exercée dans le cadre de la relation.
 
Trouver de l'aide financière et un logement adéquat.
 
Trouver un défenseur compétent face à la loi pénale et à la loi de la famille (p. ex., un avocat pour les audiences relatives à la garde et au droit de visite).
 
Surmonter les lacunes en matière d'emploi ou d'instruction.
 
Élever des enfants qui souffrent parfois de graves symptômes traumatiques et qui éprouvent en outre des problèmes affectifs et comportementaux.
 
Se sentir diminuée en tant que parent (Blinkoff, 1995).
 
Être ostracisée par la communauté culturelle ou la famille élargie pour avoir « fait éclater la famille ». Cela peut être un véritable souci pour les femmes de certaines communautés culturelles où le divorce est considéré comme une honte rejaillissant sur la famille (Kazarian et Kazarian, 1998).
 
Voir ses difficultés commentées sur la place publique si la mère vit dans une petite collectivité ou une collectivité rurale, où le fait de se prévaloir de services ou de quitter un partenaire violent peut être connu de nombreuses personnes.
 
Souffrir d'isolement, en particulier dans les régions rurales où il est difficile de trouver des services sociaux et où les délais de réaction des services policiers est plus long et signifie que le danger est plus grave.
Le soutien à une mère victime de violence peut comprendre les services suivants :
Aide et défense en matière de sécurité et de procédures juridiques.
 
Appui concret, pour le logement, par exemple.
 
Aide et soutien pour veiller à ce que les enfants conservent leurs liens dans la collectivité, aillent à l'école et mènent des activités pendant que la mère s'éloigne pour se remettre physiquement et psychologiquement.
 
Groupes de soutien parental pour aider la mère à mieux répondre aux besoins de ses enfants après avoir mis fin à une relation violente.
 
Défense pour s'assurer que les décisions des tribunaux ne vont pas miner les plans de sécurité (p. ex., quand le père utilise son droit de visite pour faire peser de nouvelles menaces ou harceler la mère).
 
Soutien affectif et liens avec des groupes de pairs.
De nombreux chercheurs et praticiens ont souligné que les femmes maltraitées ne sont pas de mauvaises mères, comme on voudrait trop souvent le croire (p. ex., Blinkoff, 1995; Holden et coll., 1998). L'autre façon de percevoir la situation est que, dans la plupart des cas, ces femmes ont réussi à survivre et ont besoin d'appui et de ressources communautaires pour gérer le traumatisme attribuable à la violence conjugale. Leurs enfants ont besoin de l'appui communautaire pour vivre en sécurité, guérir et reconstruire un système familial qui ne tolérera pas la violence.
Questions types pour l'entrevue avec la mère
Les questions suivantes peuvent être utiles pendant les entrevues avec la mère, si l'enfant a révélé des épisodes de violence conjugale.
Toutes les familles connaissent des désaccords et des conflits. Que se passe-t-il dans votre famille si vous et votre partenaire (votre mari) êtes en désaccord? De quelle façon communiquez-vous lorsque vous êtes bouleversée?
 
Que se passe-t-il quand vous et votre partenaire divergez d'opinion, et qu'il veut absolument avoir raison?
 
Est-ce que vous avez peur? Est-ce que vous avez déjà été frappée, vous a-t-on lancé des objets?
 
(S'il semble y avoir eu de la violence physique ou des menaces graves.) Racontez-moi comment cela s'est passé. Racontez-moi votre pire expérience.
 
Est-ce que les enfants étaient présents? Est-ce qu'ils ont déjà assisté à une telle scène? Est-ce qu'ils sont au courant de la violence, même s'ils sont dans leur chambre ou ailleurs dans la maison? Quelle est leur réaction? Ont-ils déjà été mêlés à la violence?
 
Quel effet croyez-vous que le fait d'avoir été exposés à la violence a sur vos enfants? Est-ce que vous remarquez des changements d'humeur ou de comportement chez eux? Dans leur rendement scolaire, lorsqu'ils jouent entre amis, entre eux?
 
Est-ce que votre partenaire (mari) a recours à la violence ou au châtiment corporel à l'égard des enfants? Est-ce que vous êtes inquiète lorsque vous devez lui confier les enfants? Quand cela se produit-il? Pouvez-vous m'en parler?
 
À quelle fréquence les incidents de violence se produisent-ils?
 
Avez-vous essayé de partir? Qu'est-ce qui se passerait, ou qu'est-ce qui s'est passé, si vous essayiez? Est-ce que votre partenaire vous a déjà surveillée, harcelée? (Si la femme est séparée : Est-ce qu'il vous surveille ou est-ce qu'il vous harcèle maintenant?)
Adapté de Ganley A.L., et S. Schechter : Domestic Violence: a National Curriculum for Child Protective Service Workers, Family Violence Prevention Fund, 1996.
Groupes à l'intention des mères victimes de violence
(Au sujet des questions touchant l'éducation des enfants)
Les mères qui ont été victimes de violence ont souvent à relever des défis importants après avoir mis fin à une relation de violence. Au moment même où elles exploitent au maximum toutes leurs ressources affectives et pratiques, et font peut-être face au harcèlement ou à la continuation de la violence, leurs enfants vivent eux aussi une profonde détresse et sont confrontés à de terribles défis. La mère a peut-être été dénigrée comme parent par l'auteur de la violence, et les enfants de sexe masculin, surtout les plus âgés, peuvent tenter de reproduire la violence ou de contester l'autorité maternelle. Les enfants doivent composer avec les changements au sein de leur famille et peut-être au foyer et à l'école, des changements de quartier ou d'amis et de situation économique. Les difficultés et le stress peuvent sembler insurmontables.
Pour régler certaines de ces questions, certains organismes ont créé des groupes de soutien parental spéciaux à l'intention des mères. On y traite de sujets comme la compréhension et la définition de la violence, la manifestation de ses effets, l'autonomie et l'estime de soi des enfants, le rétablissement de communications efficaces avec les enfants et la promotion de relations familiales non violentes. Le soutien mutuel au sujet des questions de garde et de droit de visite, et la connaissance des systèmes juridiques et des services communautaires, comptent aussi parfois parmi les thèmes abordés. Quand ces groupes sont très efficaces et qu'ils encouragent et habilitent les femmes, ils les aident énormément à appuyer et à encourager leurs enfants (Thornton, Bartoletto et Van Dieten, 1996).
  

PRÉVENTION
De quelle façon peut-on empêcher la prochaine génération d'hommes de croire que la violence est la clé du respect au sein des relations intimes? Une partie de la réponse se trouve dans les stratégies d'intervention précoce auprès des enfants témoins de violence. Il faut chercher la réponse complète dans un changement fondamental de la tolérance tacite de notre société face à ce problème. Ce changement peut commencer dans nos écoles, où le partenariat avec parents et organismes communautaires pourra contribuer à l'adoption de nouvelles attitudes et de nouveaux comportements qui favorisent l'établissement de relations saines et de principes de règlement non violent des conflits. La violence nous concerne tous. Notre inquiétude ne peut pas viser seulement les élèves qui vivent dans des foyers violents, il faut aussi se préoccuper de tous leurs amis et de leurs voisins, qui peuvent constituer un excellent système de soutien et promouvoir le changement. Il faut que tous s'y mettent pour promouvoir la tolérance zéro à l'égard de la violence.
Par où doit-on commencer un programme aussi ambitieux? Chaque école au Canada veut éduquer les enfants dans un climat sûr et favorable. L'apprentissage ne peut se faire dans un climat de peur, que ce soit dans les corridors, sur les terrains de jeu ou au foyer, le soir, quand l'école est fermée. De plus en plus de parents s'inquiètent de la violence chez les jeunes, en particulier depuis que les médias nous ont révélé des incidents tragiques qui se sont produits dans tout le pays. Cependant, rares sont les parents qui font le lien entre ce qu'ils lisent dans le journal, qui leur semblent être des événements isolés, et une société qui encourage la violence sous de nombreuses formes, même dans les divertissements. Il est temps que toutes les écoles s'engagent clairement à élaborer des politiques et des programmes cohérents et complets pour faire de la tolérance zéro à l'égard de la violence une réalité.
Les initiatives dans ce domaine devraient viser les objectifs suivants :
A. Nommer la violence
Tous les élèves devraient être encouragés à rompre le pacte du secret touchant toutes les formes de violence. D'après nos travaux auprès d'élèves, 90 p. 100 d'entre eux veulent que les écoles interviennent activement pour dénoncer la violence et promouvoir des stratégies de rechange pour le règlement des différends. La plupart des élèves ne s'inquiètent pas autant des inconnus que des personnes qu'ils connaissent, en qui ils ont confiance, et de leurs pairs. La majorité des élèves connaissent quelqu'un qui a vécu une expérience de violence familiale ou dans le cadre de fréquentations. Ils veulent que ces problèmes soient corrigés.
B. Comprendre les causes de la violence
La violence est, au bout du compte, une question de pouvoir et de contrôle dans les relations et au sein de la société elle-même. Même si la plupart des adultes parlent sans difficulté de la violence, les élèves ont généralement besoin de faire le lien entre violence et inégalité. Pourquoi les jeunes élèves, les filles, les membres de minorités visibles et les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage sont-ils plus souvent victimes que les autres? Les écoles doivent examiner les réalités diverses pour définir ce qu'est une école sûre et comprendre les divers points de vue relatifs au sentiment de vulnérabilité et de puissance (ou d'impuissance) des élèves, pour rompre le pacte du secret dans ce domaine.
C. Interventions efficaces contre la violence à l'école
Quand on dénonce la violence, il faut donner un résultat prévisible aux dénonciations. Il peut s'agir de conséquences claires qui montrent bien que le silence n'est pas une solution. En outre, il faut offrir des occasions d'apprentissage permanent qui peuvent transformer un incident critique en une initiative favorable à des programmes plus proactifs. Ainsi, une fête au cours de laquelle l'alcool a coulé à flot et qui s'est terminée par un viol en bande ne devrait pas entraîner uniquement le dépôt d'accusations au criminel. De tels incidents reflètent une gamme d'attitudes et de croyances beaucoup plus large que celles que manifestent les agresseurs et les victimes. Quelles politiques et quels programmes sont en place pour réagir à ces incidents? Est-ce que l'événement ne regarde personne, n'est la responsabilité de personne, parce qu'il s'est produit en fin de semaine à l'extérieur de l'école?
D. Intervenir au nom des enfants qui sont témoins de violence au foyer
Que se passe-t-il dans le cas des élèves qui révèlent avoir été témoins de violence au foyer? S'il n'y a aucune indication de violence physique ou sexuelle, est-ce que cela signifie que ces enfants n'ont pas besoin de protection ni d'être confiés à des spécialistes? L'école a-t-elle adopté des politiques et des protocoles pour traiter ces incidents? Peut-elle compter sur des ressources au conseil ou à la commission scolaire, ou dans la collectivité?
E. Élaborer des stratégies pour mettre fin à la violence et proposer aux enfants des attitudes et des comportements de rechange
Il ne suffit pas de condamner la violence, il faut aussi proposer des comportements et des attitudes de rechange. La prévention de la violence ne saurait se résumer à une activité en classe ni à une journée de sensibilisation. Les programmes de prévention sont plus efficaces lorsqu'ils sont permanents et intégrés au milieu et aux programmes scolaires. Il existe une foule de programmes et de ressources scolaires efficaces dans tout le pays. Ainsi, le programme
A School-based Anti-violence Program (A.S.A.P.) (Programme scolaire de lutte contre la violence), élaboré à London mais testé dans neuf localités du Canada, notamment en milieu rural et dans les collectivités septentrionales, a fait l'objet de plusieurs études et est considéré comme une approche efficace dans de nombreux cas.
A.S.A.P.
Le A.S.A.P. est une trousse documentaire qui aide les systèmes scolaires à lancer un programme de prévention de la violence et appuie sa mise en œuvre dans l'ensemble du système. A.S.A.P. n'est pas un programme, mais plutôt un guide pour tous les intervenants : écoles, cliniques et organismes communautaires.
A.S.A.P. vise à :
mobiliser les appuis et susciter l'enthousiasme des enseignants, des élèves, des parents, des conseillers et de l'administration à l'endroit des initiatives de prévention de la violence;
 
aborder la question de la violence une étape à la fois, par exemple grâce à des séances de sensibilisation à l'intention des élèves et des enseignants;
 
aborder la question de la divulgation;
 
élaborer un plan complet de prévention de la violence, y compris l'adoption de politiques et l'intégration du sujet aux programmes d'études;
 
produire une liste complète de bandes vidéo, de pièces de théâtre et de ressources pédagogiques disponibles pour chaque niveau scolaire;
 
élaborer des réactions proactives et préventives à l'école face à la violence.
A.S.A.P. porte sur les questions suivantes :
Climat scolaire non violent
 
Violence dans les fréquentations et harcèlement sexuel
 
Intimidation
 
Enfants et adolescents qui sont témoins de violence au foyer
 
Violence envers les femmes
 
Violence dans les médias
 
Règlement des différends
 
Obstacles à la prévention de la violence
 
Questions ethnoculturelles
 
Politiques et planification à l'échelle du conseil ou de la commission scolaire
Il existe diverses initiatives prometteuses au Canada dans le domaine de la prévention de la violence. A.S.A.P. n'en est qu'un exemple, et la section « Documentation » en présente de nombreux autres. Au centre de ces efforts il devrait y avoir un bulletin communautaire qui évalue les progrès de la collectivité au sujet des éléments mis en relief ci-dessus : nommer la violence; comprendre les causes de la violence; intervenir efficacement en cas de situations de violence à l'école; intervenir au nom des enfants témoins de violence au foyer; élaborer des stratégies pour mettre fin à la violence et proposer aux enfants des attitudes et des comportements de rechange. Il faut espérer que les écoles de votre collectivité et le système scolaire obtiendront la note de passage pour ce qui est de la prévention de la violence. Un échec serait inacceptable, compte tenu de la gravité de ces questions et du sort réservé à de trop nombreux élèves qui voient peu de solutions à la violence.
  

LIVRES POUR ENFANTS
A Family That Fights, de S. C. Bernstein. Morton Grove (Illinois), Albert Whitman, 1991.
Hear My Roar: A Story of Family Violence, de Ty Hochban et Vladyana Krykorka, Annick Press Ltd., Toronto, 1994.
I Wish the Hitting Would Stop: A Workbook for Children Living in Violent Homes, de Susan Patterson et Decia Softing Freed, North Dakota, Crisis Centre of Fargo-Moorhead, Red Flag, Green Flag Resources, 1987.
Never, No Matter What, de M. Otto, Toronto, Women Press, 1988.
Something Is Wrong at My House, de Diane Davis, Parenting Press, Inc., Seattle, 1984

CENTRES D'INFORMATION
Centre national d'information sur la violence dans la famille, Santé Canada, Édifice Jeanne Mance, Parc Tunney, code d'adresse 1909D1, Ottawa (ON) K1A 1B4. Tél. : (613) 957-2938 ou
1-800-267-1291.
Site web : www.phac-aspc.gc.ca/nc-cn